vendredi 4 août 2017

Le match à quatre : Congrès US – Trump – Poutine - Merkel



Il est patent que la politique extérieure américaine est ambigüe et que le Président Donald Trump est visé par une procédure de destitution suspendue au-dessus de sa tête. Peu importe l’opinion que l’on peut avoir sur le personnage, mais on ferait bien d’y regarder de plus près et de ne pas avoir des opinions tranchées. Trump n’a pas les pouvoirs qu’a actuellement Macron, qui a une majorité confortable à sa botte et peut gouverner par ordonnance sous réserve d’en informer le Parlement. Ses ordonnances ne supportent aucun amendement, en dehors de ceux qui lui conviennent ou sont suggérés par ses partisans dûment chapitrés pour éviter toute contestation. Trump est le candidat que les Républicains ne voulaient pas et porté par eux au pouvoir à contre-cœur. Tout est bon pour le contrer comme pour l’Obamacare. Par ailleurs le lien de l’élite mondialiste avec la CIA, les Démocrates et la majorité des médias continuent le combat de la Présidentielle et veulent sa mort, politique au moins. Du coup le Congrès trouve facilement une majorité pour mettre Trump sous tutelle sur les sujets cruciaux à leurs yeux.

L’angle d’attaque, qui peut aller jusqu’à justifier sa destitution, est son désir de tisser des relations économiques avec la Russie, auquel on peut associer son « America first » qui est une déclaration de guerre à la délocalisation des multinationales, et son désir de retirer les Etats-Unis des ingérences injustifiées et coûteuses dans de nombreux pays du monde. Ces ingérences sont l’apanage de la CIA en guerre ouverte contre lui. Ses marges de manœuvre sont extrêmement réduites, ce qui permet à ses adversaires et à la presse occidentale de claironner qu’il n’a pas fait grand-chose depuis son investiture. Autrement dit, je te mets une camisole de force et je t’accuse de ne pas bouger. Pourtant Trump s’avère un homme têtu et déterminé. Il prend les coups sans broncher, concède un peu mais garde son cap dès qu’une opportunité se présente. En politique intérieure il a vu que l’Obamacare ne donnait pas les résultats qui correspondent au coût des mesures d’aide à la santé. Il sait que le temps joue pour lui et que le temps de la réforme s’imposera de lui-même sous la pression populaire. 

Mais on voit son action encore plus clairement en politique extérieure. Il montre que les nouvelles sanctions contre la Russie sont le fait du Congrès, ce qui lui laisse une marge de manœuvre avec Poutine sur le sujet de la guerre au Moyen-Orient. Après avoir fait un geste spectaculaire mais d’une efficacité volontairement insignifiante avec le largage de sa superbombe, il entreprend un recul des forces américaines en liaison avec la Russie, alors que celle-ci riposte aux sanctions par le renvoi de 750 personnes de l’ambassade américaine, chiffre jamais atteint. Cette action apparaît ainsi comme une réponse de Poutine au Congrès mais pas à Trump. C’est tout l’art de la diplomatie. Selon un important journal arabe : « Des discussions préliminaires sont en cours pour un accord majeur entre la Russie et les États-Unis pour retirer les forces américaines d’al-Tanf et en laisser le contrôle à la Russie », rapporte Al-Akhbar mercredi. D’ailleurs les terroristes d’al-Thawra auraient décidé de quitter Al-Tanf après avoir été informés d’un accord possible entre les États-Unis et la Russie et des opérations massives de l’armée syrienne pour libérer les parties nord de la province de Sweida.

Trump sait que la guerre de Daech et d’Al Qaïda est perdue et que le double et triple jeu en Syrie n’a plus lieu d’être. Les Etats-Unis ne peuvent que s’y salir les mains et les troupes spéciales gérées par la CIA ne peuvent plus faire autre chose que du renseignement. De toute évidence le risque d’un incident aérien entre les américains et les avions syriens et russes va être évité. La Turquie est désormais centrée sur les actions kurdes. Les USA ne peuvent que pouvoir dire qu’ils ont réussi à participer à la reconquête de Raqqa mais Daech a transporté son quartier général à Deir el-Zor. La focalisation de Trump sur l’Iran est un moyen de détourner l’attention braquée sur la Russie. Pour lui la guerre contre la Russie n’a pas d’intérêt en soi, l’important est que les Etats-Unis récupèrent des marchés. Son intervention en Pologne est caractéristique, comme celle en Arabie Saoudite. On parle business. Les pays de l’Est européen sont en train de mener une politique autonome par rapport à l’UE en cherchant à diversifier leur approvisionnement en gaz et en pétrole pour échapper au monopole russe. Trump arrive en Pologne et propose ses gaz de schistes qui cherchent des débouchés. Il est certainement beaucoup plus préoccupé par la Chine qui est un adversaire économique redoutable. 

Mais à ce jeu à trois Congrès+CIA, Trump et Poutine, il vient s’adjoindre une nation puissante, l’Allemagne. Celle-ci commence à penser que la prise en main de l’UE par les Etats-Unis finit par jouer contre les intérêts de l’Allemagne. Ce pays est devenu puissant et l’UE subit son influence. Les pensées Bismarckiennes reprennent le dessus. La France ne peut plus se coaliser avec le Royaume-Uni depuis le Brexit pour faire front à l’Allemagne qui ne craint pas le duo France-Italie qui bat de l’aile et où l’Italie appelle à l’aide. Elle a les mains libres et la France doit suivre. La mutualisation des dettes a été rejetée d’un revers de main et l’Europe à deux vitesses ne peut être qu’allemande. Le seul atout des Etats-Unis est l’OTAN mais son existence n’a de raison d’être que comme défense contre la Russie. Son réflexe diffère de celui des pays de l’Est traumatisés par l’empire soviétique. Merkel en arrive à penser qu’un rapprochement avec la Russie a un intérêt stratégique.

En effet si on s’accorde avec la Russie par un traité de non-agression, l’OTAN n’a plus lieu d’être et l’emprise américaine sur l’UE non plus. Mais si l’on réussit avec la Russie, son lien actuel avec la Chine constitue de fait un axe Berlin-Moscou-Pékin, un axe eurasien qui ouvre des perspectives économiques immenses. Par ailleurs Pékin, avec l’aide de la Russie, veut réaliser des routes modernes, terrestres et maritimes, transversales est-ouest faisant renaître les routes de la soie. Ce projet se finalise et les moyens financiers se constituent dans une banque d’investissement russo-chinoise. Le continent Eurasie est en train de germer dans les esprits germains, russes et chinois. L’implantation massive des chinois en Afrique nous rappelle que les liens terrestres réunissent l’Eurasie à l’Afrique. C’est le grand danger que les Etats-Unis pointent depuis Brezinski, la réunion de l’Europe à l’Asie. C’est pour cela qu’ils ont poussé le nazisme afin de faire barrage au communisme, puis de le détruire et de pousser la naissance de l’UE liée à l’OTAN. 

Le danger de lien de l’Afrique avec le supercontinent eurasien les pousse à s’intéresser à l’Afrique de plus en plus et même militairement avec une flotte américaine sur la face occidentale africaine et des forces spéciales sur le terrain. Il est vital pour eux de ne pas se trouver isolés sur l’Amérique du Nord avec des pays d’Amérique du Sud qui essaient de s’affranchir de leur tutelle. De plus la guerre contre le dollar bat son plein. La Russie, la Chine et l’Inde engrangent massivement de l’or face à un pétrodollar qui est en perpétuelle dévaluation par rapport à l’or et qui voit des transactions pétrolières s’effectuer hors du dollar. Selon des experts, dans 5 à 7 ans, la Russie, la Chine et l’Inde seront en mesure de refuser les paiements internationaux en dollar et en euro.

La France dans tout cela ? Elle suit et se nourrit des restes, prête à verser son sang pour des causes qui ne servent pas ses intérêts. La chute de son patrimoine et l’appauvrissement de sa population ne sont masquées que par la politique de communication où l’enfumage de son peuple est une des constantes que notre Président porte au plus haut niveau.

Une nouvelle géostratégie s’est mise en place sans nous. 

Par notre aura mondiale, notre passé et notre langue,

Nous pouvons encore siéger de plein droit à l’ONU. 

Ceci s’éteindra dans le dénuement d’un peuple

Et la faillite d’un Etat servile sans cap !

Claude Trouvé 
Coordonnateur MPF du Languedoc-Roussillon