dimanche 10 décembre 2017

Energies renouvelables : vers un changement de paradigme ?



Il se pourrait bien que le monde soit en train de tourner la page à une idéologie malthusienne qui veut que l’épuisement des ressources naturelles soit pour demain. Ce concept, s’appuyant à chaque époque sur les dernières prévisions, date du club de Rome et perdure dans les traités européens. Sur l’ensemble des ressources naturelles les dates d’épuisement n’ont cessé de reculer avec le temps. Par exemple le « peak oil », qui devait être atteint en 2025 encore récemment, n’est pas prévu d’être atteint avant 2040. Mais cette vision du monde sert de point d’appui à une idéologie écologique qui a étendu son emprise sur l’ensemble des activités humaines sous une forme de plus en plus dictatoriale. Les « ce n’est pas bon pour l’homme », « ce n’est pas bon pour l’environnement », « l’homme épuise les ressources naturelles et pollue la planète », sont lancés à partir de la moindre information qui aurait une probabilité même infime de conforter cette vision. Celle-ci fait l’objet d’un tel matraquage médiatique que tout devient certitude et entretient un climat de peur. Or il est parfois difficile d’appliquer la devise de la Royal Society britannique : « nullius in verba », « Ne croyez personne sur parole ».

Le principe de précaution vient parapher les dictats qui en résultent. Or ce principe de précaution est par nature un frein au progrès quand il n’est pas un point d’arrêt. L’exemple en France est le gaz de schiste. La France est très pauvre en ressources naturelles et même la mer d’Iroise se refuse à nous donner du pétrole ou du gaz. La décision de stopper toute prospection et à fortiori toute exploitation est un point d’arrêt qui fait que nous devons acheter ce gaz liquéfié à l’étranger, en se félicitant que ce soit eux qui polluent l’environnement. Cela me fait penser aux bretons qui ne veulent pas du nucléaire dans leur province mais qui ne consentent pas à payer un surplus du coût de l’électricité produit par les centrales thermiques. Ils poussent même le bouchon jusqu’à refuser la nouvelle centrale thermique de Landivisiau nécessaire pour leurs éoliennes. Donc non seulement nous ne diminuons pas notre dépendance à l’étranger, mais nous sommes même incapables d’évaluer au mieux les capacités de gaz en cas de besoin. L’extraction de ce gaz aux Etats-Unis et au Canada a déjà fait des progrès sensibles tant sur les nuisances que sur le coût d’extraction et du pourcentage de gaz extractible. 

Si l’on peut comprendre que le gaz de schiste puisse poser des problèmes environnementaux qu’il faut évaluer avant toute décision, il est incompréhensible que l’on stoppe la prospection qui nie à priori toute chance de voir le progrès rendre l’extraction écologiquement acceptable. Mais ce principe de précaution est sous-jacent au changement climatique qui est programmé comme un réchauffement à juguler à +2°C jusqu’à la fin du siècle. Pourtant la température mondiale n’a pas significativement progressé depuis 20 ans et ne suit aucun de la quarantaine de modèles mathématiques prévisionnels qui donnent tous des valeurs plus élevées. C’est leur moyenne qui a néanmoins été retenue par le GIEC. La stagnation actuelle de la température est prise en compte comme un « hiatus » qui ne remettrait pas en cause les prévisions futures.

Le moins que l’on puisse dire, c’est comme les anglais « Wait and see », mais non, la prise de précaution et le comportement vertueux, que s’impose l’homme, le conduise à prendre des dispositions immédiates dans un avenir incertain. Si le taux de CO2 continue à progresser les effets certains observés sur la nature sont le verdissement de la planète, la croissance accélérée des forêts et une augmentation de la production de nourriture, choses évidemment passées sous silence. Mais les décisions prises en matière d’énergie sont des décisions très engageantes et très coûteuses, celles de développer les énergies renouvelables, les EnRia. Les citoyens des différents pays s’en rendent compte sur leur facture d’électricité, mais sont moins conscients du coût pour l’État qui subventionne les investissements nécessaires. Ceci est vrai, quel que soit le pays. C’est vrai en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne, au Danemark. L’Espagne a cessé ses subventions aux EnRia. L’Allemagne est presque au bout de ce qu’elle peut faire pour stabiliser le CO2 émis, le kWh est presque 2 fois plus cher que le nôtre, et des centaines de milliards ont déjà été engagés.

Sir Ian Byatt, un universitaire qui est devenu un haut responsable britannique, est venu faire une conférence à Paris et a montré que le Royaume-Uni est conduit dans une impasse, vu ses engagements pris en la matière, à savoir une réduction des émissions de CO2 de 80% en 2050. Une commission parlementaire indépendante a été installée pour faire des « budgets carbone » quinquennaux conduisant à cet objectif ; elle a recommandé, pour 2030, une réduction de 57% des émissions de CO2. Sir Ian Byatt estime que le Royaume-Uni s’est piégé lui-même dans un bourbier avec des interventions étatiques très nocives pour sa vie économique et politique. La réduction actuellement de 35% lui a coûté extrêmement cher. L’un des membres du Parlement, Peter Lilley, a évalué le coût cumulé sur 2014-2030 à 10.000 £ par foyer soit 11.400 euros.

Il semble bien que la remise en cause du paradigme de l’écologie radieuse soit commencée. L’accord de Paris n’est pas contraignant. De plus les Etats-Unis vont en partir et la Chine n’a pas renoncé à la construction de nombreuses centrales thermiques et nucléaires, tout en développant les EnRia pour inonder le marché européen et surtout africain. Au passage Siemens est en train de se retirer de la fabrication des EnRia. Malgré les efforts faits pour cacher les coûts réels, l’abonné français va rapidement sentir les effets sur le coût du kWh par principalement les taxes pour les EnRia. Voilà ce qu’en dit Sir Ian Byatt :

  • « La permanence de la disponibilité de l’électricité est indispensable au fonctionnement de notre économie. Les politiques contre le changement climatique, en augmentant le coût de l’énergie, sont bien plus nocives que la maladie qu’elles prétendent soigner :
  •  « Les coûts des prétendus "renouvelables" sont supérieurs à ceux des combustibles fossiles,
  • L’intermittence et le caractère imprévisible des productions des installations solaires et éoliennes rend problématique la gestion du réseau électrique,
  • Une duplication des systèmes de production et de transport de l’électricité est rendue nécessaire par une forte proportion de "renouvelables",
  •  Le monopole étatique élimine la concurrence. » 

Il signale que le black-out possible est une vraie préoccupation. « Si la capacité de production n’est pas suffisante à tout moment, les entreprises vont devoir installer leurs propres groupes électrogènes fonctionnant avec des combustibles fossiles. » Il poursuit : « Le calcul de l’énergie "verte" a été fait en négligeant un élément majeur : le coût du réseau supplémentaire à construire pour adosser un système de production par "renouvelables" à un système de production "fossiles". On a ignoré le coût du fonctionnement de ce système combiné, coût fortement croissant dès que la part des "renouvelables" dépasse quelques pour cent. »

Des groupes de pression environnementalistes fournissent aux aspirants-politiciens l’inspiration pour promouvoir la « vertu » et leurs votes. Ils insistent sur la « tragédie des biens communs », et non sur la force de l’innovation. Ils affirment croire au consensus en matière scientifique, alors que la Science ne progresse que par le doute et la recherche d’informations nouvelles. Sommes-nous à la veille d’un changement de paradigme ? Va-t-on assister au recul de la marée ? Il semble que l’intérêt pour le changement climatique diminue dans les sondages d’opinion, comme au Royaume-Uni. 

Dans une conférence à Londres le 10 octobre dernier, Tony Abbott, ancien Premier Ministre d’Australie, a replacé le changement climatique dans le cadre plus vaste du combat pour une sagesse pratique, combat qui se joue dans tout le monde occidental. Il a dit que notre phénoménale richesse et nos succès scientifiques et technologiques sont fondés sur des valeurs et des principes qui n’ont que rarement été aussi fortement attaqués que maintenant, et que seules les sociétés extrêmement oublieuses de leur culture ont pu faire du changement climatique une religion. Il propose d’éviter toute autre hausse du prix de l’énergie, et de subordonner la politique du changement climatique à la protection de l’économie. Le récent recul de Nicolas Hulot est un signe qui ne trompe pas, l’économie va reprendre ses droits quand le déficit public ne cesse d’augmenter.
 
L’écologie est une « vertu » bénéfique de l’esprit, 

Mais si elle devient une idéologie, une religion,

Elle devient un poids, une dépense d’énergie, 

Un blocage du progrès, qui s’arc-boute

Sur des constats scientifiques 

Encore trop peu aboutis,

Risqués et coûteux !

Claude Trouvé 
10/12/17

samedi 9 décembre 2017

La France qui « met le feu » se recroqueville dans le rêve



L’image est belle et tragique d’un feu, qui illumine le ciel et pétarade de vie joyeuse, et de ces objets qui se tordent dans la flamme, se rabougrissent dans un dernier soupir et disparaissent à nos yeux dans une lente agonie. C’est l’image de la France dans ce qu’elle a de plus pathétique, de plus grandiose aussi, et de plus déconcertant, la France qui se meurt et doit constamment renaître de ses cendres, la France qui stupéfie le monde par la brillance de sa culture et son incarnation des valeurs humaines les plus fondamentales mais oscille entre la conquête du monde et le repli sur soi. L’actualité de ces derniers jours nous la révèle telle qu’elle est aujourd’hui, héritière d’un passé qu’elle a du mal à assumer, en plein doute sur son avenir mais prête à s’enflammer pour continuer à rêver.

Johnny Hallyday meurt au lendemain de la mort de Jean D’ormesson et génère une collision, un embouteillage d’hommages pour les chaines d’info en continu. Deux messes françaises ont totalement occulté le reste de l’information, la vie du monde s’est arrêtée sur ces commémorations pour un grand nombre de français de milieux souvent très différents mais complémentaires. La France s’enflamme pour un esthète de la langue française, un merveilleux écrivain cabot, un pur joyau de la galanterie et de l’humour français. Jean D’Ormesson ne laissera sans doute pas une trace immortelle dans la littérature française, son humour parfois caustique n’égalera pas Voltaire. D’ailleurs lui-même en était parfaitement conscient. Mais sa vie d’aristocrate, à l’abri du besoin toute sa vie, nous a enchanté par la légèreté de son esprit brillant aux réparties affûtées. Pour ceux qui aiment la langue française et la danse des mots, Jean D’ormesson laisse un vide que pour l’instant personne ne peut combler. Cet Immortel a eu droit à un hommage national, c’est bien payé parce qu’il a peu fait rayonner la France au-delà de ses frontières et nous lui avons manifesté notre sympathie tout au long de sa carrière, ce qui n’est souvent pas le cas des autres Immortels. Jean d’Ormesson a été comblé par la vie et nous a comblés par son art de nous faire goûter la beauté de la langue française. Sa plume légère a donné de la joie de vivre aux amateurs de belles lettres.

Je viens d’écouter les discours enflammés autour du cercueil de Johnny Hallyday après son parcours escorté dans les rues de Paris. Tout le gouvernement était là et à part la Cour des Invalides l’hommage était même finalement plus important que celui de l’Académicien. Le terme de héros, de gloire nationale convient à tous ceux qui ont aimé ses chansons mais cela mérite-t-il vraiment un tel hommage ? Il n’a fait carrière qu’en France et, contrairement au jazz de la Louisiane francophone qui a transformé en profondeur le monde de la musique, ses chansons et son apport musical ne sont pas français. Le rock’n roll, mélange de jazz, de blues et de country, est de création purement américaine. Ce sont les Beatles qui l’ont importé dans toute l’Europe. L’apport de Johnny est la traduction de chansons américaines, et sa manière de jouer avec un investissement personnel qui a envoûté le public français, avide peut-être de s’approprier le rock que les Beatles avaient porté au sommet de la popularité. J’ai eu l’occasion de l’approcher au plus près au moment où il touchait le fond de l’utilisation de l’alcool et de la drogue, il n’était pas beau à voir. Je garderai de lui sa proximité avec le public, une certaine humilité et de nous avoir laissé de très belles interprétations qui lui survivront longtemps. J’oublierai qu’il a oublié de payer ses impôts en France et mis sa tombe à Saint-Barthélemy, une niche fiscale bien connue. Mais que fera-t-on pour Aznavour qui écrit ses chansons et a fait rayonner la culture française dans le monde entier ? Qu’a-t-on fait pour Piaf, chantée encore dans le monde entier ?

Cette double mort montre combien la France s’enflamme pour le plus futile, comme si la réalité ne pouvait que détruire son âme profonde, et est capable de rejeter dans une immense colère ce qui ne la fait plus rêver. Louis XVI est mort dans l’enthousiasme de la révolution et la France a tourné une page de son histoire dans des souffrances qui ont duré une génération. Elle en tire une grande gloire alors que nous nous retrouvons dans l’UE de 28 pays européens qui ont pour la plupart suivi une autre route plus pacifique. Cela explique l’étonnement de la presse étrangère devant nos enthousiasmes soudains et nos jugements à l’emporte-pièce, notre préférence pour le rêve à la réalité, notre amour de la parole plus que des actes, de l’idéologie plutôt que du pragmatisme. La France a besoin de rayonner, de faire parler le monde entier, de s’y montrer même si son coq se déplume de jour en jour. La France a une chance inouïe dans le monde, elle est à l’abri de la plupart des grands catastrophes naturelles, bordée d’eaux qui lui ouvrent les portes du Nord, de l’Atlantique, de la Méditerranée et du monde entier. Dotée de frontières naturelles, d’un climat tempéré et d’un château d’eau central, elle a pu créer dans le sang le pays de la « douce France », que le monde entier a envie de connaître. 

La France est belle quand elle rayonne, mais désormais la langue et l’histoire ne suffisent plus pour séduire le monde et la France ne veut pas le voir. Elle se découvre tout-à-coup en incapacité de s’assumer seule comme le font la plupart des pays du monde. Elle croit alors qu’en s’appuyant sur ses voisins elle va naturellement reprendre sa place et s'appuyer sur l’UE et l’OTAN. Elle croit que le monde s’émerveille de ses grandes envolées, aussi bien l’Obama-mania que le Trump-bashing, la guerre contre Daech aussi bien que l’ingérence au Mali, l’idéologie écologique aussi bien que la guerre au nucléaire. Tout doit être porté à l’excès et peu importe la réalité, c’est l’expression de son besoin d’exister. La Macron-mania finira mal mais la France considère que rêver un ou deux ans, c’est mieux que prendre conscience de son déclin, de sa destruction interne. On ne rêve plus quand on devient SDF mais heureusement les français ne sont pas encore les grecs à qui désormais on va prendre leurs maisons parce qu’ils ne peuvent plus payer le foncier. Ils en prennent seulement le chemin.

L’enthousiasme est la force de la jeunesse qui s’accorde bien avec la sagesse de la vieillesse. Enthousiasme et sagesse sont deux concepts que la France ne sait pas souvent employer ensemble. Elle oscille entre les deux et plus dans le premier que dans le second. C’est le peuple britannique qui a fait l’analyse à postériori de son engagement dans l’UE. La France ne veut pas abandonner l’enthousiasme d’une humanité où nous oublierions la guerre, un rêve impossible certes mais qui fait vivre… si l’on ferme les yeux. Macron vante l’UE qui protège, mais qui protège qui ? Les multinationales ? Qui protège quoi ? La paix ? Alors pourquoi sommes-nous en guerre au sein de l’OTAN au Moyen-Orient et pourquoi nous préparons-nous aux frontières de l’UE à affronter la Russie, désignée « ennemi numéro 1 » par une puissance étrangère qui mène une guerre économique contre nous ? Pourquoi alors l’UE nous impose-t-elle une migration, souhaitée par l’Allemagne, que nous ne pouvons pas mettre au travail ? Protège-t-elle du glyphosate ? 

La France rêve de moulins à vent, de l’énergie gratuite, de la voiture électrique, de voyage dans les étoiles, mais sans trop réagir côtoie de plus en plus de sans-abris, de pauvres dans les organisations caritatives, de magasins et d’usines qui ferment. Elle croit toujours que le chômage va baisser et veut oublier que les retraites diminuent et que des banques licencient, ferment leurs implantations et leurs distributeurs de billets, que l’on nous prépare à la disparition de la monnaie fiduciaire, sonnante et trébuchante, ce qui permet de bloquer tous les comptes en banque ou même d’y puiser de l’argent si besoin. La mutualisation de la dette des pays européens et la nomination d’un super ministre de l’Économie vont accentuer la fin des pouvoirs régaliens de l’Etat. La France pense Noël qui doit durer jusqu’au Printemps que nous promet Macro et rêve... mais les yeux fermés.
 
La France a ses outrances et se berce d’illusions 

Mais la France doit croire en ses chances.

Elles sont réelles et à sa portée. 

Encore faut-il qu’elle…

Ouvre les yeux !


Claude Trouvé 
09/12/17